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feuilleton
Description du blog :
Recette de cuisine, nouvelle, essais, petites histoires à faire peur
Catégorie :
Blog Livre
Date de création :
19.09.2006
Dernière mise à jour :
20.09.2006
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Le mariage arrangé

Le mariage arrangé

Posté le 19.09.2006 par feuilleton

Un mariage arrangé

__________________


Léa entrait dans les tourments de l’adolescence, une métamorphose qu’elle acceptait mal, une offense faite à son corps qu’elle aurait aimé garder plat, lisse et aussi neutre que possible. Contre son gré, la nature façonna la plus exquise des jeunes filles de la ville. Léa terminait ses études dans un institut religieux , apprenait les belles lettres, le latin et la musique. Vint le jour où ses parents, décidèrent de marier leur fille. Le vieux Conrad Hirsch, son père, savait par avance que convaincre sa fille ne serait pas facile. Il lui faudra prendre patience, adresse et diplomatie compte tenu du caractère entier de Léa. Après le repas du soir, la maisonnée tout entière avait pour habitude de se rassembler au salon où l’on veillait parfois fort tard, chacun parlant du temps, évoquait les dernières nouvelles de la ville. C’était un moment agréable où l’on se racontait les histoires de l’ancien temps, où l’on parlait des atrocités de la guère, où l’on refaisait vivre les morts emportés par le fléau des épidémies. C’était rire des bons moments de la vie. Parce que Conrad avait mis toute la maisonnée au courant de son dessein pour Léa, tous gardèrent le silence, suspendus aux lèvres de Conrad qui semblait fort embarrassé.
- Mais qu’avez-vous donc ce soir. Pourquoi ce silence, dit Léa ?
Conrad se racla la gorge, croisa et décroisa ses mains dont il ne savait que faire cahngeait de place, vint s’assoire à côté de sa fille.
- Papa, as-tu attrapé froid ?
- Ce n’est rien. Tu ..sais …
- Quoi, Papa ?
- Tu sais combien notre, notre, pardonne-moi, joie de si….
- Papa ! auras-tu fais des excès d’alcool ?
- Non, oui. Je, tu as raison. Je vais aller droit au but. Bon ! Tes occupations et la manière dont tu t’habilles ne sont plus de ton âge. J’ai le sentiment que notre fille est un garçon manqué. Tu n'es pas féminine pour un pfennig.
- Mais enfin Papa, tu m’as toujours dis que j’étais libre de faire comme je l’entendais. Y vois-tu quelque chose à redire aujourd’hui ?
- Non grand Dieu ! Tu fais comme tu veux, comme tu l’as toujours fait d’ailleurs. Je voulais simplement te dire , seulement, que, tu le sais que nous t’aimons et ce n’est pas, c’est que.. Voilà que penses-tu du, du mama, duma,.
- Mais enfin Papa ! Cesse de tourner autour du pot. C’est pénible.
- Excuse-moi. J’ai du mal à trouver mes mots ce soir. C’est que… Comment te le dire ? Une sorte d’idée qui nous à traversée l’esprit. Nous voudrions t’instruite de ...
- M’instruire, dit Léa étonnée ? Souhaitez-vous que je poursuive des études ? Ce serait une idée formidable !
- Il ne s’agit pas d’études. Tu en as bien assez fait. Tu es plus instruite que la plus part des jeunes filles de cette ville. Et puis elle m’ont coûtées fort cher tes études et pour quoi faire, je te le demande ? Non, il est question d’autre chose,
Répondit Conrad de plus en plus embarrassé. Il fouilla dans ses poches, en extirpa un carré de tissu dans lequel il se moucha bruyamment, s’épongea le front moite de sueur.
- Alors Papa, c’est quoi ? Voyager ?
- Pas plus d’études que de voyages par ces temps de troubles. C’est autre chose encore.
- Mais enfin parle, qu’y a-t-il d’autre ? Vous n’envisagez pas de me marier par hasard ?
- Si ! Répondit Conrad avec la tête du gosse qui vient d’être pris sur le fait à chaparder dans la bourse de ses parents !
- Vous êtes tombés sur la tête ! A mon âge, c’est impossible.
Désemparé par la remarque, Tous ce regardèrent un instant, Conrad se leva en remontant ses pantalons trop haut sur la taille, Martha ma cuisinière sortit du salon en prétextant le sommeil. Les parents Hirsch reprirent un peu de leur assurance avec le peu d’ascendance qui leur restaient sur Léa.
- A ton âge on n’est plus une enfant ! Toutes les filles de ta génération sont déjà mariées. Regarde-toi dans une glace pour t’en convaincre. Tu as tout les attraits de la beauté et tout ce qu’il faut pour être une mère. Tu es la plus belle femme de la province. Il est grand temps qu’on te trouves un beau parti.
- Un mari ! dit Léa étonné.
- Nous avons pensé à Richard Müller. C’est un très beau parti, un gentil garçon. Il plait à ta mère et nous commerçons depuis tant d’année avec les Müller qu’ils sont un peu de notre famille..
- Richard ! s’écria Léa. Vous êtes devenus fou ! C’est un, un coureur, un débauché, un païen, un..
- Il suffit, répliqua sa mère. Il n’est ni l’un ni l’autre, pas plus que nous sommes ce que tu insinues dit sa mère rouge de colère. Pourtant, il nous a semblé que tu nourrissais une sorte d’attirance pour lui. Est-ce exacte ?
- C’est stupide. Je n’épouserai pas cet horrible Richard. C’est le diable en personne et il me fait horreur.
- Léa ! Surveille un peu ton langage ! Tu parles comme une poissonnière.
La discussion tourna mal. Léa et sa mère en vinrent à se quereller si violemment qu’il fallut que le père y mettre un terme et les sépare. Léa avait un caractère volcanique qui pouvait se déchaîner avec une violence insoupçonnée. Rien ne fût décidé ce soir là. Léa eut bien du mal à s’endormir, ressassant ce projet qui la précipitait brutalement dans le monde des adultes avec toutes les obligations et les servitudes dues à la condition de fille à marier qu’on poussait dans les bras d’un homme qu’elle n’avait pas choisi au nom d’affaire de famille et d’argent. C’était sans compter les interminables grossesses qui déformeraient son corps et les flopées d’enfants qu’elle aurait à élever au prix d’efforts et de souffrances, tant d’enfançons mouraient en grand nombre avant d’atteindre l’âge adulte.

Le lendemain, Léa se réveilla avec un fort mal de ventre. Sa chemise était poisseuse de sang. Elle découvrait pour la première fois qu’elle pouvait avoir des règles comme les autres femmes. Elle se leva, un peu nauséeuse, la tête prise dans un étau. Elle se rendit au cabinet de toilette, se dévêtit, versa de l’eau dans la cuvette, essuya toutes les souillures qui entachaient son corps. Du sang avait coagulé dans ses poils pubien. Tous ces poils qui avaient poussé au bas de son ventre et qu’elle trouvait laids et disgracieux. Elle attrapa le rasoir de son père, entrepris de les couper. Maladroite, elle s’entailla l’entrejambe. Quelques jours plus tard, la coupure s’infecta, la douleur devint grande.
- Tiens ! voilà ma grande fille avec ses airs des mauvais jours, dit la cuisinière
- J’ai mal au ventre et j’ai beaucoup saigne, Martha.
- Tu as tes règles. D’habitudes les filles les ont plus tôt que toi. Tu n’es plus une enfant mais une vraie femme. Tu n’as pas à t’inquiéter.
- Il ne s’agit pas de cela. C’est autre chose qui m’ennuie.
- Autre chose dit Martha un peu étonnée. Qu’est-ce ?
- Une blessure mal placée
- Laisse-moi regarder. Hé, ma fille, ne soit pas gêné devant moi. Si j’avais reçu autant de pièce d’or que je t’ai torché de fois, je serai la nourrice la plus riche du saint Empire Germanique. Ne fais pas l’enfant. Allonge-toi sur la table.
Léa s’allongea à contre cœur, Martha l’ausculta, examina de plus près.
- Ecarte les cuisses si tu veux que je regarde. Qu’est-ce qui t’a pris d’aller te raser à cet endroit ?
- Je déteste tous ces poils. Je voulais les faire disparaître.
Martha découvrit un abcès, le palpa, tordit du nez, ravala sa salive.
- Ce n’est rien, je vais le négocier.
A l’aide d’une lame fine Martha pratiqua une petite incision, pressa l’abcès. Léa hurla de douleur. Une humeur visqueuse et blanchâtre s’écoula dans le bassin d’étain. Martha nettoya la plaie à l’eau très chaude, y versa de l’alcool puis une compresse de d’argile . Léa se tordait de douleur. Au cours des jours qui suivirent, Martha lui prodigua mille soins attentifs. Léa finit par se rétablir.

Soulagée, Léa la vie aurait pu lui sembler agréable et paisible si ce n’était cette affaire de mariage qui la préoccupait. Le soir même, le sujet fut à nouveau débattu. Chacun campa sur ses positions, ne voulait rien entendre aux propos de l’autre. Plus entêtée que les autres, Léa en vint à menacer ses parents de rentrer au couvent s’ils insistaient davantage. Prudent, Conrad décida de reporter sine die la décision. Les semaines passèrent, le printemps flamboyait, Léa oublia mariage et toutes les vicissitudes qui les accompagnent. Elle repris appétit et joie de vivre. Brutalement le temps se remit au froid, il avait neigé le jour de Pâques. La grande église était glaciale. Au sortir de la messe, Léa glissa sur une plaque de neige, dévala les escaliers du parvis se blessa. Quand elle voulu se redresser, une violente douleur à la cheville l’en empêcha. Quelques fidèles l’entourèrent, pronostiquant qui une fracture, l’autre une foulure ou toute autre blessure encore plus grâve, chacun allant de son savoir et de sa petite histoire vécue quand Léa se sentit prise à bras le corps, soulevée dans les airs par des bras forts.
- Mademoiselle Léa, laissez-moi vous aider. Je vous ramène chez vous. Votre cheville semble fracturée.
- Je vais très bien, reposez-moi je vous prie.
- Vous ne pourrez pas marcher avec une cheville cassée, même si votre maison est à deux pas. Que craignez-vous ?
- Rien, enfin je ne sais pas. Je peux très bien me débrouiller toute seule. Je vais marcher. Ce n’est rien.
- Comme vous voudrez, dit Richard en la reposant avec douceur.
En posant le pied à terre, Léa hurla de douleur. Repris équilibre en s’appuyant sur le bras de Richard. Il reprit Léa dans ses bras, lui assurait que cette blessure n’avait rien de grave et qu’elle guérirait vite. Il était prévenant et fort gentil, ne semblait pas avoir la réputation aussi exécrable qu’on lui prêtait. Léa changea d’humeur, ressentit un pincement au creux de son estomac, de ses petits ressentiments délicieux, souvent à l’origine d’un certain chambardement affectif. Sans se l’avouer, Léa se félicitait de cette chute heureuse.

Le rebouteux remit en place la cheville, la fixa par des atèlesqu’elle du garder six semaines. Et pour chaque jour qui passait, Richard venait s’enquérir de la santé de Léa. C’est ainsi que les projets de mariage exécrés avant la chute prirent une tout autre dimension après la chute. Cette inclination nouvelle prenait de l’ampleur à mesure que la cheville se ressoudait. Ainsi, Léa vivait dans l’attente des visites de Richard. Heureux du revirement de situation, Conrad et son épouse, convièrent la famille Müller discuter affaire de mariage lors d’un dîner mémorable où les Hirsch mirent les petits plats dan,s les grands. Léa apparue resplendissante, moulée dans une robe jaune étroite au décolleté profond qui ne laissait pas indifférent les hommes, cela au grand dame de leurs épouses qui jugeaient excentrique et provocante la tenue de la Léa. Cela n’empêcha pas tout un chacun de faire ripaille. On bu de grand verre de vin blanc du Rhin et des vins rouges de Bourgogne. Les deux familles arrêtèrent le montant de la dote et une date de mariage. Conrad, estima la dote trop élevée, en profita pour renégocier quelques prix d’épices qu’il jugeait trop eux aussi très élevées. Par complaisance mais aussi par l’heureux dessein qui allait unir leur fils à la belle Léa, Müller père consentit un rabais important,. Léa rayonnait d’un grand bonheur. Richard était un beau parti, même si d’autres prétendants, avaient demandé sa main. Léa les avait tous éconduits. Son dévolu était jeté, il n’y avait plus que Richard dans son cœur. Le soir même on se quitta à regret après avoir échangé mille et un compliments, mille et une recommandations et toutes les meilleurs choses du monde. Léa se coucha le feu aux tempes, habitée par un puissant désir de fêté Pâques avant les rameaux.

Les libertinages de Richard ne l’empêchèrent pas de faire sa cour à Léa qui lui aussi aurait bien aimer l’entraîner au delà de ce qui était autorisé entre les deux jeunes gens qui ne se connaissaient pas vraiment. ET c’est ainsi, contre les usages, la bonne morale et les obligations, le puissant aiguillon de l’amour fit oublier tout engagement et respect des convenances. Léa lui avoua son amour sans faille se donnant à lui avec toute la fougue et la passion propre à son caractère entier, sans concession, folle amoureuse d’un homme qu’elle tenait pour son prince charmant, son futur mari et le père de ses prochains enfants et depuis cette étreinte, Léa, toute emplie d’un immense bonheur, flottait sur son petit nuage tout enfiévré d’un bonheur parfait.. Elle découvrait les délices de l’amour et de la chair sans se soucier un instant des risques qu’elle encouraient.

Richard Müller n’avait pas bonne réputation à un point tel qu’il était préférable que les jeunes filles se tinssent éloignées de lui, évitant ainsi bien des malheurs tant il avait meurtri des cœurs et ruiné des espérances. Parce qu’il était beau et riche, l’argent et les succès l’avaient un peu gâté. Il prit pour maîtresse une jeune veuve. Elle résidait au quartier des brasseurs, occupait une belle maison à la façade verte et rose, menait grand train et consommait beaucoup de jeunes hommes dont elle était grandement friande.
Une après-midi, alors que Richard venait de quitter les bras de la douce Léa, il s’empressa d’aller retrouver ceux de sa maîtresse. Imprudent, un client de la famille Hirsch l’avait aperçut sortir de chez elle. Parce qu’un secret n’est pas un secret s’il n’est pas partager par au moins deux personnes, le dit client s’empressa d’aller raconter dans le détail sa découverte à une vielle comparse aussi médisante que lui, prête à relayer abondamment l’affaire en rajoutant quelques anecdotes personnelles et croustillantes pour en tirer vanités et orgueil. Le bouche à oreille fonctionna à merveille et les frasques du jeune Richard couraient de bouche à oreille à qui voulait l’entendre. Ilde, amie de Léa le sut fortuitement.

Bras dessus, bras dessous Léa et Ilde revenaient de la foire.
- Si tu savais comme je suis heureux avec Richard. Je vais l’épouser.
- Je le sais répondit Ilde très absente.
- Qu’as-tu ? Tu sembles triste aujourd’hui.
- Ce n’est rien.
- As-tu de la peines ?
- Non, non. Je t’assure.
- Quelque chose de taquine, dis-le moi. Je ne le dirai à personne.
Léa insista, Ilde cherchait à cacher ce qu’elle savait. Elle se sentit pressée de toute part alors qu’elle s’était jurée de n’en rien dire même si par ailleurs, être au courant des frasques de cet insolent Richard était un sentiment difficile à garder pour soi. Soulager sa conscience et par là même éviter à Léa une union qui la rendrait malheureuse, était une idée qui la taraudait à chaque instant. Ilde voulu changer le cours de la conversation, Léa revint sur le sujet avec l’insistance qu’on lui connaissait. La promenade prit fin. Les deux amies rentrèrent au domicile des Hirsch, s’installèrent dans la grande salle où l’on prenait les repas, se firent servirent des petits fours et des tasse de lait chaud parfumé de vanille.
- Pour quelles mauvaises raisons ne me dis-tu rien. Je peux t’aider si tu as des peines ou des embêtements.
- Je le sais. C’est terriblement gênant d’en parler.
- Terriblement gênant , dit Léa en portant sa tasse à ses lèvres ! Qu’est-ce donc qui soit si terrible que cela ? Qu’as-tu fais ?
- Je n’ai rien fait.
- C’est qui ? Ton père, tes frères ?
- Non, non ! Rien de tout cela. C’est, enfin, c’est qu’il n’est pas question de ma famille ni de moi.
- Mais enfin de qui ? Parle-moi. Est-ce Richard en cause ?
- Mais non ! Je ne sais pas.
- Tu ne sais pas, dit Léa avec une insistance. C’est pas une réponse. Tu sais ou tu ne sais rien.
- Non, je t’assure, je suis une idiote. Il n’y a rien qui vaille la peine d’être dit.
- Tu en as trop dit ou pas assez. Maintenant je veux que tu me racontes tout en détail ou c’est moi qui ne te confierai plus jamais rien.
- Oui, lâcha-t-elle entre les dents.
- Oui quoi ? Oui Tu veux me parler de lui ?
- Oui, répéta-t-elle. Il n’est pas fait pour toi.
- Pas fait pour moi ? Mais ne serais-tu pas un peu jalouse ou aurais-tu des vues sur mon fiancé ?
- Non bien sûr.
Puis dans un élan impossible à contrôler Ilde lâcha la vérité
- Ce n’est pas un jeune homme très bien.
- Tu es folle ? Richard est un fiancé merveilleux et un homme droit et fort, aussi fort que l’amour qu’il me porte. Tu sais combien je suis heureuse avec lui, dit-elle attendrit par cette pensée.
- Tu es la personne la plus droite que je connaisse. Tu mérites mieux que ce cavaleur. Renonce à cette union.
- Pourquoi dis-tu tout cela de lui ? Tu me peines !
- Seulement pour t’épargner des lendemains qui te feront souffrir.
Ne pouvant éluder davantage la question, Ilde déballa tout ce qu’elle savait de lui et de ses pérégrinations nocturnes. Léa écouta, pale comme un cierge.
- Et où habite-t-elle ?
- Au sud de la ville.
Un long silence s’ensuivit. Ilde n’osait lever les yeux, tournait et retournait sa cuillère comme si cette allait tout effacer, regrettant amèrement d’avoir trop parlé.
- C’est impossible ! Dit Léa avec une conviction déroutante.
- Je te le jure sur mes parents. Je tiens cela d’une de nos clientes, Madame Van der Buerche, la vieille flamande. Ouvre les yeux, rends-toi à l’évidence. C’est lui qui ment, pas moi. J’ai vérifier avant de t’en parler. Hier, je l’ai suivi. Il est entré chez une femme.
- Quel est son nom ?
- La veuve Von Neumann. C’est une très belle femme.
- Une très belle femme ! Une très belle femme répéta Léa mécaniquement. Et moi, je suis laide ?
Léa tremblait de rage, cassa sa tasse entre ses doigts. Du sang s’écoula sur la nappe.
- Une très belle femme ! Une très belle femme ! hurla-t-elle à la face d’Ilde
- Léa, Léa .arrête, je t’en prie. C’est la vérité. Je te le jure sur papa, sur Dieu et tous les saints du paradis que c’est vrai et si je mens je veux bien mourir sur place.
- Tu blasphèmes. Tu es folle, folle et laide.
- Je t’en prie. Pourquoi te dirai-je tout cela ? Je ne suis ni jalouse ni envieuse. Je n’ai aucun intérêt à te faire souffrir, je t’aime trop. Tu m’as forcée à tout te révéler. Je ne voulait pas ….
- Tu mens, tu mens. Tu n’es qu’une salle petite menteuse, une putain et une menteuse dit elle sans plus arrêter de parler.
Puis Léa se leva, s’approcha d’Ilde, la tête penchée vers l’avant, le regard bas, ne laissant voir que le blanc de ses yeux.
- Léa ! Arrête tu me fais peur. Calme toi ! arrête !
Comme une furie Léa se jeta sur Ilde, lui administra une rafale de claques de griffure, la mâchoire prête à mordre telle une lionne défendant sa progéniture. Léa ne parlait plus elle rugissait de colère.
- Je ne veux plus jamais te voir, sale garce, sale putain. Putain, Putain Tu n’es qu’une morue, une traînée !
Les claques et les coups redoublèrent. Quelques objets roulèrent à terre. Alertée par les cris, l’intendante Inge arriva, repoussa violemment Léa. Ilde avait un œil abîmé, bleu virant au noir, sa lèvre supérieure était fendue, saignait abondamment sur sa robe en lambeaux. Une entaille profonde lui barrait la main. Elle tremblait toute hébétée par la peur et la douleur. Martha arriva en renfort, maintint Léa fermement sur le sol. Léa retrouva un peu de calme, promit de revenir à la raison. Martha lâcha prise. Léa se redressa lentement, réajusta sa tenue puis dans un accès de démence, se rua à nouveau sur Ilde avec un tesson de porcelaine à la main, entailla le front de la jeune fille d’une méchante plaie. Inge et Martha se ruèrent sur Léa sui vacilla, les yeux révulsés puis s’affala sans connaissance sur le tapis dans un bruit de chaise renversées.
Quelques instants s’écoulèrent quand Léa revint à elle.
- Oma, Inge ! Que vous faites-vous a me tenir ainsi ? Et toi Ilde ! Oh ! ton visage, mon dieu tu saignes ! Il faut la soigner, vite ? Puis sans crier gare, Ilde s’enfuit.
Léa poussa une longue plainte, fut prise de convulsions. Inge envoya Martha chercher le Docteur. Inge la fit boire, lui sécha ses larmes qui ne cessaient de couler. Le Docteur entra, lui fit boire une forte dose de laudanum. Transportée sur son lit, Léa s’effondra dans un sommeil profond et agité qui dura deux jours et deux nuits au terme desquels, Léa ne voulu plus se lever, désespérée par tant de souffrance. Elle sombra dans une sorte d’apathie et de dépression qui la garda alitée trente jours de rang, ne voulant rien d’autre que de l’eau et du lait, suppliant qu’on lui administra de cette médication si miraculeuse qui lui faisait tout oublier. Son estomac se tordait de faim, piètre douleur qu’elle s’imposait comme exutoire à son chagrin, et qui ne pouvait trouver de solution que dans son anéantissement. De jour en jour, son amaigrissement s’aggrava, ses joues se creusèrent et ses yeux semblaient avoir doublés de surface. La maisonnée tout entière s’inquiétait de son état de santé si alarmant. Rien ni personne n’avait d’écoute auprès d’elle Elle tiendrait quelques jours encore, peut-être une semaine. Passé le délai, Léa mourrait d’affaiblissement.
Les Müller lui rendirent visite, Richard les avait accompagnés ? Chacun essaya de lui parler, expliquer, justifier le fait qu’il est d’usage que les garçons ont des aventures avant leur mariage et que sitôt les noces dites, Richard rentrerait dans le rang , ce qui eut pour effet d’aggraver son état et la haine qu’elle lui portait. Léa les pria de sortir tant leur présence était difficile à supporter.
La nuit suivante, alors qu’elle n’arrivait pas à trouver le sommeil, Léa se mit envisager la mort comme une fin possible à tous ses tourments. Elle se sentait sereine. La faim comme le désespoir firent place à une sorte de vide. Son ventre et son âme la laissaient enfin en paix. Léa flottait dans une sorte de douce langueur où la durée du temps s’étiolait à mesure que son état s’aggravait. Elle se sentait baignée d’un calme relatif, ne redoutait rien, sans un regret et sans chagrin, anéantie, peinée seulement de la peine qu’elle causerait à son père et des gens qui l’aimaient tant. Un matin, alors que Martha s’apprêtait à ouvrir les persiennes, Léa se redressa.
- Je t’en prie, Oma. Laisse les volets clos. Je ne veux plus voir le jour. Je ne suis plus de ce monde. S’il te plait !
- C’est assez, dit sèchement Martha. Je te croyait forte, tu es faible. Tu étais la plus belle des filles de notre ville, tu es aujourd’hui la plus laide, pire qu’une vielle femme décharnée. Je t’ aimai, tu me fais horreur. Tu n’es lâche et sans cœur . Ta mort sera pour nous une délivrance, pour nous tous comme pour Richard qui se moque bien de toi comme de sa première chemise et moi qui t’ai nourrit tant de fois, comme ma propre enfant. Je ne te connais plus. Tu n’es plus Léa. Tu n’es qu’un sac d’os et de chairs ramollies sur un lit de mort.
Puis, sans ajouter un mot, Martha se pencha vers Léa, lui administra une gifle qui marqua son visage de ses cinq doigt. Léa vacilla, eut envie de pleurer. Aucune larme ne coula. Elle se tut.
- Tu ne mérites que mon mépris tant tu es misérable. Je n’irai pas sur ta tombe. Tu me dégoûtes.
Puis Martha s’en retourna à ses fourneaux s’en ajouter une parole, claqua furieusement la porte en sortant .
Dans l’après-midi, Conrad, sa femme, l’intendante reçurent le Pasteur Robert. A la demande de la famille, le prélat rendit une courte visite à Léa. Léa fit semblant de dormir, n’écouta pas les prières et les recommandations du Pasteur dont elle se moquait bien. Conrad se préparait à enterrer sa fille unique, la mort dans l’âme et le sentiment d’un gâchis monstrueux, se sentait coupable et responsable. Dans l’après midi du lendemain, Conrad et son épouse rendirent visite au Pasteur pour la messe des funérailles; commandèrent une bière digne de leur chère fille. La maison Hirsch sombra dans le silence d’un deuil annoncé.

Le lendemain soir, à la surprise de tous, Léa apparue au dîner, vacillante sur des jambes amaigries. Elle était sale, les cheveux emmêlés et poisseux, à peine vêtue, un sein dépassait de son corsage. Elle resta un instant immobile dans l’embrasure de la porte. Conrad et son épouse étaient pétrifiés par la vue de leur fille. Personne n’osa avancer une parole, faire un geste. Tel un automate qu’on aurait remonté, Léa s’approcha d’eux, le visage inerte et les yeux fixes, prit place puis se servit une assiette de viande et de chou aigre et se mit à bâfrer des paquets de nourriture à lever le coeur, se servit une grande quantité de crème épaisse au sucre, bu plusieurs verre de vin coup sur coup. A mesure qu’elle ingurgitait, son visage virait vert et ses yeux se creusaient de cernes noires et profondes. Puis elle se mit à geindre, se tenait le ventre aussi rond qu’une outre, geint de plus en plus fort quand d’un bond elle se précipita vers la fenêtre qu’elle ouvrit telle une démente et se mit à vomir son repas par longues gerbes entrecoupées de pleures plaintives L’estomac vide et à bout de force, Léa fit demi-tour. De ses lèvres bleuies par les privations, s’étirait un long filament de bave blanchâtre et de bille. Elle vint se rasseoir, attrapa le carafon de vin, le porta avidement à ses lèvres et but quelques rasades.
- Tu me le paieras.
- Léa, je t’en prie, tu va te rendre malade. Cesse de boire dit sa mère
- Maman ! Tais-toi ! Malade je le suis bien assez depuis que cette ordure m’a tuée. Laisse-moi boire comme je l’entends et va te faire foutre par le pape et la garde impériale. Tu n’es qu’une pauvre andouille.
- Mon enfant, cesse de te faire souffrir, tu déraisonnes. Richard nous a rendu visite chaque jour pendant cette terrible crise. Il jure sur Dieu que tous cela n’est qu’ignobles ragots. Ilde a tout inventé parce qu’elle est jalouse de toi.
- Ilde a inventé…Richard…dit Léa à demi ivre. Bien ! qu’il m ‘épouse et qu’il me baise sur cette table.
Puis elle se remit à boire, retirant le goulot de sa bouches alors que le liquide coulait encore.
- Léa, arrête ! je t’en prie. Dieu t’entend.
- Je me moque de Dieu comme de mes culottes.
- Tous les hommes ne sont pas des menteurs. Richard est un très beau parti.
- Nous verrons bien dit-elle avec dans la voix des accents à faire dresser les cheveux sur la tête d’un bourreau.
Saoulée par l’alcool, Léa balaya d’un geste large les objets de la table, enfouit sa tête entre ses bras et s’endormit sur le champ.

Tôt le lendemain matin, Léa se leva, alla réveiller la cuisinière, lui demanda de faire chauffer de très grandes quantités d’eau et de lui servir un repas copieux tant sa faim était grande. Personne ne s’y opposa, tous bien trop heureux de la voir de si bonne humeur.
- Ma p’ite Léa, je suis si heureuse de te voir aller mieux. Prends garde de ne pas manger trop. Ton estomac ne le supporterait pas. Ton corps est sous alimenté, tu ne teindras pas le coup, encore moins marcher trop longuement.
- Comment sais-tu que je vais marcher dit Léa très surprise que la cuisinière est deviné ses projets. Tu as raison, Oma. Il n’y a que toi pour me comprendre. Je prendrai une voiture pour m’y rendre. C’est vrai ce que tu m’as dit l’autre jour ?
- Bien sûr que c’était vrai. Mais aujourd’hui, j’ai tout oublié. A ton âges, les peines passent vites. N’as-tu pas reçu l’assurance qu’il tenait à toi ?
- Je n’en sais rien. Sais-tu où habite cette femme ?
- Tout cela n’est peut être que de simples racontars.
- Je sais. Mais où habite-t-elle ?
- Je crois que c’est Badenstrass, derrière le quartier des brasseurs, un petit immeuble après le marchand d’articles de bain et linges de maison.
Léa passa la matinée entière au cabinet de toilette, plongée dans l’eau chaude de son tub, demandant et redemandant qu’on lui apporte de l’eau toujours plus chaude. Le bain fumait et son corps amaigri et fragile semblait se ressourcer au contact du liquide brûlant. Chaque nouvelle bassinée qu’on lui apportait était un réconfort grandissant. L’eau devint si chaude qu’il fallut qu’elle en sorte au plus vite. Son corps fumait, bouillait de partout, elle se redressa d’un bond, la peau rouge et luisante comme une écrevisse, sortie en enjambant le bois du tub, descendit les escaliers entièrement nue puis alla se rouler dans la neige sous les yeux effarés du vieux jardinier.
- Mademoiselle Léa, vous allez attraper la mort.
- Tant mieux ! Au moins personne ne me regrettera.
Léa se releva luisante au du soleil, le visage souriant et le corps couvert d’eau froide, de petit morceaux de glace et de débris qui s’écoulaient lentement sur sa peau. Elle traversa la maison avec le même allant, ânonnant une chansonnette qu’elle tenait de son enfance, se replongea un moment dans le bain, puis alla s’habiller comme un dimanche de Pâques. Son corps comme son esprit étaient détendus et sereins comme au jour de ses dix ans, un âge où rien ne peux arriver, où la vie semble une éternité. Sa robe flottait sur son corps trop mince. Elle serra sa ceinture trois crans de plus, endossa une petite veste d’été, retourna en cuisine.
- J’ai faim, ce que j’ai faim ! j’ai si faim Oma. Prépare moi à manger s’il te plait, dit-elle en l’enlaçant d’une étreinte affectueuse que Martha rendit tout aussi affectueusement.
Elle avala une cuisse de poulet et un gros morceau de pain noir avec un caillé au sel, puis sortit de la maison familiale.
- Mais où vas-tu ? dit sa mère.
- Tu le sais bien où je vais. Je vais faire quelque courses puis je vais rendre visite à mon fiancé Richard.
- Oh que je suis heureuse, dit sa mère en poussant des cris débordants de bonheur
Les parents Hirsch, la cuisinière et Inge l’intendante n’en croyaient pas leurs oreilles.
- Tu nous étonnera toujours. Je suis si heureuse que tu reviennes à la vie. Nous allons avoir un beau mariage. Il faut dès cet après-midi, annoncer les fiançailles et prévenir les Muller. Quelle belle fête allons avoir !
- Ne t’en va pas comme ça, tu vas attraper froid, dit la cuisinière en lui tendant un manteau de renard.
- Papa, donne moi quelques pièces de monnaie pour la voiture.

Le ciel était aussi beau et bleu que le bleu de son cœur. Les rayons du soleil réchauffait son beau visage, lui redonnaient encore plus de force et de courage. La neige crissait sous ses pas, des petits cristaux de glaces semblaient comme suspendus dans l’air immobile. Il gelait durement ce matin de mars mais le printemps ne tarderait plus à venir. Son cœur se mit à faire quelques bonds dans sa poitrine partagé entre renoncement et curiosité, prête à abandonner son enquête par la seule peur qu’elle inspirait, par ce qu’elle aller y trouver, puis l’instant d’ après impatiente de lever ses doutes même si cette la dure réalité allait l’anéantir une seconde fois. Décidée et morte de peur, elle se dirigea vers le quartier sud, passa la commanderie, ne trouva pas Bandestrass. Elle s’adressa à un porteur d’eau.
- C’est droit devant vous ma petite demoiselle. Vous êtes aussi belle qu’un matin de printemps et aussi fraîche que mon eau. En voulez-vous goûter ?
- Non merci. Connaissez-vous Madame Schmit ?
- Vous êtes une de ses amies dit-il l’air coquin ?
- Oui, en quelques sortes ! je dois lui porter un petit colis qu’elle a commander à notre magasin de Markplatz.
- Vous voulez parler de la pâtisserie, dit l’homme ? Ne seriez vous pas la fille de ce vieux radin d’Hirsch. La dernière fois que je vous ai vue, vous aviez à peine huit ans. Ce que vous avez changée. Vous êtes devenue une belle et grande jeune femme. Je vous trouve un peu maigre. Dit-il en lui tâtant le bras
L’homme fournit les explication. Léa le remercia, s’en alla droit devant elle jusqu’à Badenstrass. Son inquiétude grandissait à mesure qu’elle approchait. A deux pas de la maison de Madame Schmit, elle s’arrêta, décida de renoncer à cette folie qui ne changerait rien, fit demi-tour, le coeur léger et la conscience apaisée d’avoir prit cette décision quant une voiture à cheval déboucha du carrefour. Léa aperçu la silhouette de Richard. La voiture passa devant elle sans qu’il s’aperçut de sa présence. Ses jambes mollirent, son cœur semblait cesser de battre, son sang semblait se répandre sur le pave. Une fois encore Le temps prit une dimension de lenteur infini.
Un homme la giflait. Un autre la retenait sous les bras. On la fit asseoir dans une loge de concierge. Léa ne comprenait pas pourquoi une femme lui parlait si fortement.
- Revenez à vous ALlez, remettez-vous. Vous être enceinte, c’est sûr. Ce petit malaise est un signe qui ne trompe personne, je vous l’assure. J’ai eu quinze enfants, je sais de quoi je parle ? Je vous trouve bien maigrichonne dans cet état. Il faudra que vous mangiez davantage.

L’état de Léa, les contraintes d’un calendrier très chargé, les intérêts des familles Hirsch et Müller imposèrent des fiançailles immédiates et un mariage rapproché. Il fallait aller vite, avant que son arrondissement ne prenne trop d’importance, ce qui aurait fortement nuit à la réputation des magasins Hirsch et Müller. Toute la bonne société des notables, marchants, livreurs et artisans fut conviée à fêter dignement l’événement avec tout le faste et les pompes nécessaires au service de cette entreprise. Le banquet eut lieu dans la grande salle des fêtes. Les convives avaient été placées par ordre d’importance autour de l’immense table en U qui comptait plus de quatre-cents personnes. Tous se connaissaient, réunis de longue date par les affaires ou par la vie. C’était une occasion de plus pour faire se voir et faire la fête, rire de bons coups, en boire tout autant après tant de misères et de guerres.
Léa était radieuse, souriant à son futur époux comme à l’aimable assemblée. En moins d’un mois, elle avait retrouvé l’éclat et la beauté de sa jeunesse, sans compter des formes très appétissantes pour l’œil averti. Seul, son regard semblait ailleurs, ce que ne remarqua pas sa mère trop préoccupée par la réception, ne laissa pas indifférent son père et la cuisinière qui ne la quittait pas des yeux, toujours promptes à répondre à la moindre demande de leur chère petite Léa, les autres hommes très envieux du fils Richard qui épousait la plus belle fille de la ville.
Vinrent les discours où chacun alla de son petit compliment. Il y en avait autant pour les affaires des marchands que pour les fiancés, nécessité fait loi. Les discours prirent fin. Le bourgmestre et le pasteur invitèrent le jeune couple à ouvrir le bal sous un tonnerre d’applaudissements et de hourras. Richard Muller, élégant comme un prince, se leva, superbe, cherchant visiblement plus le compliment et l’admiration que l’assentiment de ses hôtes, se rapprocha de Léa. Fort poliment, il s’inclina devant elle, comme le voulait l’usage. Nouveaux applaudissements, sourires et larmes de joie accompagnaient un déferlement de louanges et de vœux de bonheur. Le couple séduisait autant pas sa grâce que par l’heureux dénouement, chacun soulagé par la guérison de Léa, les moins initiés d’attribuer cette état à une maladie importée de chine. Avec élégance et une candeur, Léa se leva dans un bruissement de soieries et d’étoffes, fit quelques pas en direction de Richard. Elle déployait un magnifique sourire sur des dents aussi belles et bien rangées qu’un collier de perles fines, passa à proximité d’une table, s’empara d’un pichet de vin et aspergea son fiancé de toute sa hauteur en disant.
- Aller faire danser vos putain et dilapider la fortune de votre père. Je ne serai jamais votre femme. Vous êtes dépourvu d’honneur. Votre bouche sent la mort et votre âme comme votre verge ne sont résolument pas assez droites pour qu’elles puissent me satisfaire.
Sans attendre la réponse, Léa vit demi-tour, alla s’asseoir en prenant un air aussi détaché que possible, se remplit un verre de vin qu’elle but d’un trait. Une rumeur d’effroi monta de l’assistance éberluée. L’orchestre se tut. Un silence affreusement gênant s’installa. Personne ne voulait y croire. Cela dépassait tout ce qui était acceptable de voir et d’entendre. Hélas tout venait d’être dit. Léa se vengeait de l’affront qu’elle avait subi.
Richard resta cloué sur place un instant, étonné, surpris, impuissant. Puis sa main se mit à trembler. Son visage blême transpirait abondamment. La stupeur dépassées, son visage devint aussi rouge que le vin renversé sur sa veste blanche. Un peu de mousse perlait au coin de sa bouche. Puis dans un hurlement de fauve, il se rua sur Léa en vomissant toute sa morgue, la renversa sur la table et lui planta sa dague dans la gorge. Le choque fut si brutale que la lame traversa le corps mais aussi le bois de la table. Dix hommes se précipitèrent sur lui, le clouèrent au sol. Léa de bougeait plus, avait les yeux ouverts,. Personne n’osa s’approcher de Léa.
- Elle est morte dit un invité


Richard fût condamné à une peine ridiculement faible. Il est vrai qu’il avait été insulté en public, purgea trente jours de cachot assortis d’une somme d’argent importante à reverser aux parents de Léa. Conrad décida de venger sa fille. Il prit son temps, savait plus que quiconque que la vengeance viendra un jour et plus elle viendra de loin, plus elle sera douloureuse. Il attendit patiemment son heure, avec au cœur une haine féroce en un chagrin inconsolable pour sa chère fille disparue. Les mois et les années passèrent. Entre temps, Richard avait épousé Ilde, cruel coup du sort qui aggrava la folie meurtrière de Conrad. Dans l’ombre de son projet tel un félin prêt à bondir sur sa proie, Conrad trouva le moyen d’atteindre cruellement Richard. Ilde se faisait livrer pâtisseries et friandises de chez Von Kuchen, pâtissier célèbre pour ses magnifiques préparations. Il avait discrètement enquêté sur les habitudes de la famille Richard Müller, appris que chaque dimanche avant la messe, Von Kuchen envoyait son petit commis pâtissier porter gâteaux et friandises à leur domicile. Conrad fit la connaissance du petit commis, le mit en confiance. Le jour de Pacques était un jour surchargé. Il intercepta le commis chargé d’un colis, lui affirma qu’il se rendait chez les Müller et qu’il lui serait agréable de porter le colis à sa place pour leur faire une bonne surprise, ce qu’immédiatement le petit commis accepta, trop heureux de voir son travail allégé. Conrad fit un détour à son magasin puis se rendit au domicile des Müller, déposa le colis, passa par Mark Plaz. La place était vide. Conrad jeta une torche enflammée par un des soupiraux du magasins des Müller, sachant que les caves Müller étaient remplies d’herbes séchées, de bouteilles d’élixirs alcoolisés, de produits inflammables puis retourna à la messe en passant par la sacristie. Toute la ville était là rassemblée. L’office touchait à sa fin. La dernière prière dite, le prêtre demanda un instant de silence et de recueillement quand un des commis des magasins Müller débarqua comme un fou en criant en pleine église que le feu prenait dans les caves. Un mouvement de panique s’empara de la foule. Le curé fit ouvrir grandes les portes, Richard recommanda à son épouse de ramener les enfants au domicile, qu’il fallait qu’il aille lutter contre le feu et qu’il ne l’attendent pas pour déjeuner, ce que fit sagement Ilde. Le feu fut aisément maîtrisé. Richard regagna son domicile, trouva la maison bien silencieuse pour un jour de fête. L’instant d’après Richard sortit en hurlant de douleur, une de ses filles dans le bras, le visage bleu et contusionné. Ilde et les cinq filles avaient succombées peu de temps avant d’empoisonnement mortel. Sortant d’un coin d’ombre Conrad s’approcha de Richard en lui remettant une dague
- Justice est faite, accompli la tienne maintenant.

Fin.



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Posté par Juliette Rebello le 27.01.2008
Excellent !
Je voulais juste partager mes nouvelles et romans avec vous, au cas où ça vous intéresserait. Bonne continuation !
http://julietterebello.wordpress.com/


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